Qui donc
est cet homme?
Le complot contre Jésus Marc
14, 1 - 15, 47
Autres lectures : Isaïe
50, 4-7; Psaume
22(21); Philippiens
2, 6-11
Dans la première partie de son évangile Marc raconte
la scène de la tempête apaisée (Mc
4, 35-41). On y voit les disciples affolés à cause
de la tempête pendant que Jésus dort dans la barque
(Mc
4,38). Dans la scène de Gethsémani (Mc
14, 32-42) les disciples dorment (vv.
37.40) pendant que Jésus ressent frayeur et angoisse
(v.
33). La scène de la tempête se termine par une
question, qui va dominer tout le deuxième évangile
: Qui donc est celui-ci? (Mc
4,41). Tout le récit de la passion oriente le lecteur
vers la déclaration du centurion : Vraiment, cet homme
est fils de Dieu (Mc 15, 39).
Qui donc est cet homme jugé,
condamné, mort comme un criminel, qui révèle
le vrai visage de Dieu? Et qui est ce Dieu si démuni, si
impuissant qu'il paraît abandonné complètement
à la cruauté des humains?
Le Seigneur Dieu vient à mon secours
(Is 50, 7)
Le mystérieux serviteur de
Dieu est atteint dans son corps, pas seulement dans ses sentiments.
L'auteur énumère la langue (v.
4), l'oreille (v.
5), le dos, les joues, la barbe et le visage (v.
6). Même si nous ne savons pas exactement qui était
ce personnage à l'origine, les disciples de Jésus
y ont vu une figure du Messie souffrant. Malgré les épreuves
(v.
6) il reste ferme car il sait que Dieu est avec lui et qu'en
fin de compte, c'est lui qui sera vainqueur (v.
7). L'image de Dieu qui ressort de ce passage est celle d'un
Dieu fidèle qui n'abandonne pas son serviteur, c'est aussi
celle d'un éducateur dont la Parole instruit son disciple.
De son côté, le serviteur se caractérise par
sa docilité, sa persévérance et sa confiance.
Béni soit celui qui vient
(Mc 11,10)
Il n'est pas nécessaire de
supposer une forme de prescience pour expliquer la scène
de l'ânon. Jésus a très bien pu organiser la
chose avec quelqu'un de ses connaissances, comme il a pu aussi planifier
le signe de l'homme à la cruche d'eau pour guider les disciples
chez le propriétaire de la salle où aurait lieu le
dernier repas (Mc
14, 12-16). Cette mise en scène a toutes les apparences
d'un geste délibéré de la part de Jésus.
En choisissant de vivre la prophétie de Zacharie (9,
9-10), il pose un geste symbolique visant à le faire
connaître comme un roi d'un genre nouveau; il est celui
qui vient au nom du Seigneur (v. 9; cf. Ps
118(117), 26); son Règne s'inscrit dans la suite de celui
de David (v.
10). Même si Jésus n'avait en vue que la dimension
spirituelle du Royaume à venir, il est clair que son geste
pouvait être interprété dans un sens politique
et que les autorités y ont vu une provocation (surtout que,
tout de suite après, il va s'attaquer aux usages établis
en chassant les marchands du temple - Mc
11, 15-19; cf. Za
14, 21).
Ceci est mon corps
(Mc 14,22)
Beaucoup de passages du récit de
la Passion mériteraient un commentaire détaillé.
Si nous voulons comprendre le sens que Jésus lui-même
a donné à sa mort, la scène du dernier repas
nous fournit les meilleurs indices. Jésus fait plus qu'instituer
un nouveau rite, il pose un geste prophétique qui anticipe
les événements prochains et en donne déjà
la signification. Son corps sera brisé par la mort pour devenir
nourriture et source de vie; son sang sera répandu comme
signe d'une Alliance nouvelle entre Dieu et la multitude
(v. 24), c'est-à-dire toute l'humanité réconciliée
dans le Royaume de Dieu. La mort de Jésus et sa représentation
sacramentelle dans le partage du pain et de la coupe annoncent la
venue des temps nouveaux. Je ne boirai plus du fruit de la vigne,
dit Jésus (Mc 14, 25); par ailleurs, il affirmera au Grand
Prêtre: Je le suis (le Messie) et vous verrez le
Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant
et venir sur les nuées du ciel (Mc 14, 62). Il est convaincu
que sa mort, librement acceptée malgré la frayeur
qu'elle lui cause (Mc
14, 36) sera, mystérieusement, l'événement
décisif de l'histoire, celui par lequel le Royaume de Dieu
fait irruption dans le temps des humains.
pourquoi m'as-tu abandonné?
(Mc 15,34)
Le Psaume
22 (21) est l'expression de la prière d'un « Serviteur
souffrant »; plusieurs de ses thèmes rejoignent ceux
du « Quatrième chant » (Is
52,13-53,12). Certains éléments du récit
de la Passion peuvent être mis en parallèle avec des
versets du Psaume (par exemple: les moqueries : Mc
15, 29-32 et vv.
8-9; le partage des vêtements : Mc
15, 24 et v.
19). Au moment où Jésus va mourir, l'évangéliste
met dans sa bouche le début de ce Psaume : Mon Dieu, mon
Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? (Mc 15,34; cf. Ps
22(21), 2). Jésus meurt seul, abandonné de tous,
y compris de ses amis les plus proches (cf. Mc
14, 50) et même, semble-t-il, de Dieu. Mais son cri est
moins l'expression du désespoir que l'appel ultime à
son Père, celui qui peut le sauver malgré toutes les
apparences contraires (cf. Ps
22(21),20-22). Le Psaume s'achève par une action de grâce
(Ps
22(21), 25-30); en dépit de tout, le Serviteur a été
justifié. La prière de Jésus, enracinée
dans la tradition de son peuple, est, en fin de compte, l'expression
d'une espérance plus forte même que la mort.
Jésus Christ est Seigneur (Ph 2,11)
Les premiers chrétiens ont
su ramasser en quelques versets tout le mystère du Christ
mort et ressuscité. Devenu Serviteur, solidaire de toute
la condition humaine (Ph
2, 7), obéissant jusqu'à accepter la mort (Ph
2,8), il est exalté par Dieu qui lui donne de partager
avec lui le nom de Seigneur (Ph
2,11) et de recevoir avec lui l'adoration de toute la création
(Ph
2, 10). Merci à Paul de nous avoir transmis ce petit
chef-d'uvre!
Ainsi se révèle la
véritable identité de cet homme mystérieux
à qui même la mer et le vent obéissent (cf.
Mc 4,41). Ainsi se dévoile aussi le vrai visage de Dieu
qui se fait proche de l'être humain au point de partager sa
faiblesse extrême, celle de la mort, pour le faire entrer
avec lui dans la Vie.
Jérôme Longtin, ptre, bibliste
Saint-Jean-Longueuil
Source: Le Feuillet biblique,
no 2052. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins
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biblique de Montréal.
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